It’s the end, my friends

(Je suis en train d’écouter les Doors, parce que j’aime bien être obvious)

Je vais fermer mes deux blogs, la Cabane Boudoir et le Repaire d’Elliska, ainsi que mon compte Facebook païen, dans pas très longtemps. Pour une raison assez simple, je ne me sens plus à ma place dans le monde païen moderne. Ce que j’ai écrit sur ces blogs représente une époque révolue de ma vie, dans laquelle je ne me retrouve plus. Il est donc temps de tourner la page.

Je ne ressens plus tellement le besoin de parler de spiritualité, en fait. Et pour être honnête – le terme de païenne me tiendra toujours à cœur, un beau symbole de multiplicité et de diversité ontologique – mais je suis probablement athée, si on devait simplifier les choses. Je ne crois plus tellement à une réalité transcendante. Énergie, magie, croyance, dieux… là où j’en suis, ce sont des mots pour décrire les expériences complexes du cerveau humain, les variations de niveaux de conscience et de perception que l’on n’a pas toujours les bons mots pour décrire.

Je crois toujours en l’importance des rituels dans l’expérience humaine, de changer sa manière de voir, de communion en esprit avec le reste de l’univers, de l’importance d’avoir foi en certaines choses et valeurs pour se construire, de l’utilité de certains processus spirituels au niveau social et personnel. Cependant, ce sont des choses que je peux vivre sans leur donner d’étiquette en particulier, à travers l’art et la vie comme elle vient.

J’ai appris de belles choses dans cet univers, j’en ai des souvenirs que je chérirai toujours, et j’ai fait de belles rencontres. Dans l’ensemble, je regrette très peu de choses. Le paganisme m’a servi de refuge dans une phase difficile de ma vie, et de canvas pour ré-envisager et créer mon existence en tant que personne et en tant que femme. Mais j’ai changé et il est temps pour moi de laisser cette mue sur le côté.

Il y a des choses qui ne me manqueront pas. Un certain fatalisme – on peut perdre sa vie à trop chercher des signes en dehors de soi. N’attendez pas trop de permission de l’Univers avant d’être heureux. Les chamailleries de cour de récré, aussi. Et puis une certaine fuite devant le monde concret…mais je dois le dire, j’en ai été la première coupable. Souvent une excuse pour ne pas voir ses problèmes d’ordre mental en face. C’est ce que je fais maintenant, et c’est pas forcément très drôle, mais c’est salvateur. Mon apostasie crée un vide, mais c’est un vide fécond, qui me laisse l’espace pour me développer bien au delà.

Le mot de la fin ? Merci à tous les hurluberlus qui ont fait un bout de chemin à mes côtés, vous avez rendu ma vie plus drôle, plus diverse, et plus intéressante. Oser se poser des questions sur le sens de la vie, c’est courageux, quelle que soit la réponse au bout. J’espère que votre foi, quelle qu’elle soit, vous rende heureux, vous donne de la compassion, de la force et de la lucidité. Que votre créativité vous guide et vous inspire des millions de façons différentes de changer le monde.

Les Dieux seront toujours à mes côtés – sous forme de promesse.

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Elliska/Skadi Bella

païenne (2003-2016)

PS je suis en train de créer un blog plus général écriture/bien-être/voyage. Envoyez moi votre adresse mail si ça vous intéresse.

edit : à underworldcherry@live.fr si ça vous gêne de mettre votre adresse en public

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Inspirations – 2

Comment ça va tout le monde ? En ce moment, je suis à la campagne, à côté de Bordeaux, pour passer mon permis. Après avoir longtemps eu des cauchemars où je devais conduire sur l’autoroute, j’ai l’impression que ça passe tout seul : comme quoi, tout est une question de trouver le bon moment. Je garde la maison de mes parents partis en vacances, je m’occupe des chats et des plantes. Un temps de vide un peu angoissant après le bouillonnement électrique de la ville, mais on se fait vite à la sensation de l’herbe sous les pieds.

fotor_(19)Je fais mes petites tambouilles : j’ai profité de tailler les roses pour mettre des bouquets partout et faire sécher des pétales, ainsi que du chèvrefeuille, des orchidées sauvages, de la mélisse et de la verveine citronnée, de l’achillée, du laurier, de l’armoise et du plantain, ce qui va me permettre de refaire mon stock pour l’année. J’ai purifié la maison de ses vieilles énergies de fond en comble, avec force tambour, chants, bougies, infusion de romarin, eau salée, bois de romarin brûlé pour la fumée, et runes protectrices. Je cueille des pâquerettes pour les fairefotor_(26) macérer dans de l’huile – très bien pour la fermeté du buste, et ça c’est important.

Le château voisin a été racheté pour en faire un hôtel de luxe, avec la forêt environnante que je connais si bien, et qui a été ‘nettoyée’ – je fais le deuil des sureaux, des ronces, des vieilles souches de bois, des petits recoins sauvages, des petits frênes arrachés, moi qui me souvenais du moindre détour, qui avais taillé jadis un labyrinthe dans ces mêmes ronces. Tout a l’air si petit, les petits chemins adorables ratiboisés sans attention, les branches inférieures de mon cèdre-monde réduites en paillettes, la cathédrale verte détruite. Ce n’est pas grand chose, mais à une époque c’était mon cocon, mon école buissonnière, l’endroit qui a construit mes rêves et mon écosystème inconscient. Bien sûr la forêt est toujours debout, la végétation repartira de plus belle, peut être même plus saine qu’avant. Simplement la brutalité sans ambages du fait me rappelle que ceci arrive tout autour du globe, et à quel point il est dur d’être attachée à un endroit et de le voir détruit, et l’incapacité de l’homme à voir la beauté de la nature en dehors des jardins manicurés et aseptisés.

Cet endroit m’a nourri car il était sauvage, riche en espèces diverses et en enseignements, son foisonnement réconfortant après une journée passée dans un monde qui cherche en permanence à mettre les gens dans des petites cases et à mettre du béton partout. J’arrive en haut de la colline et l’endroit où j’avais construit ma cabane, le labyrinthe de ronces initiatiques, tout a disparu, la terre retournée, des piles de souches rougeoyant encore. Je me brûle avec l’une des braises en signe de deuil, et je retourne à mon cèdre. La Dame du Cèdre, aux longs cheveux noirs et parfumés, esprit de l’exil, me rappelle que même si la forêt existera toujours dans mes mots et mes rêves, mon travail est ailleurs. J’ai une chance inouïe d’avoir été élevée par un lieu aussi beau, mais je n’étais pas faite pour y prendre racine. Le château, maintenant d’une pièce le domaine et la forêt à l’abri des constructeurs de lotissements, fut construit au 14e siècle par un noble revenant des croisades, enrichi par les pillages. Chaque eden est temporaire, incertain, vacillant, fantasmagorique, et le restera tant que la terre ne sera qu’une ressource de plus à découper et rentabiliser.

A la pleine lune je retourne au cèdre, pieds nus sous mes collants en dentelle, passant les chevaux qui me regardent en silence, je ramasse du bois coupé pour en faire des totems, pour ma future forêt-famille. Je ne reconnais plus l’énergie du cèdre, ni du lieu, mais on me dit qu’il faut parfois accepter que les choses qu’on avait apprivoisé nous redeviennent sauvages, pour les redécouvrir ensuite. Leçons de résilience.

Cuisine

J’ai fait de la soupe aux orties – pas mal, pas super goûtu non plus, je pense qu’elles passeront mieux en tarte ou en pesto. Des petits pains briochés suivant cette recette, avec des pommes à la cannelle fourrés à l’intérieur – super économique et trop bon. Puis une matelote au plantain incroyable qui mérite son propre post parce que le plantain c’est de la bombe bébé. Et puis c’est chouette de manger quelque chose qu’on vient de récolter.

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On se cultive

 Penny Dreadful est de retour pour la saison 2 ! Ah qu’est ce que j’aime cette série : elle est vraiment bien jouée, l’intrigue est flamboyante et théatrale mais reste intelligente, les personnages sont mythiques, la cinématographie est splendide.1 Les méchantes, pour cette saison, sont des sorcières hyper méchantes, avec poupées fourrées aux entrailles de bébé et bains de sang inclus, servant le diaaable, et franchement elles ont la classe dans le genre horrible ( et les bons méchants, c’est important.) Dans le troisième épisode, Vanessa Ives, (jouée par Eva Green qui a genre, tellement la classe qu’elle est sur une autre planète <3) une femme douée de visions, toute juste sortie de l’asile et poursuivie par le diaaaable, va voir une guérisseuse/avorteuse de campagne pour qu’elle lui apprenne à se servir de ses pouvoirs. La sorcellerie ici est viscérale, hantée, urgente, une bataille de tous les jours et un rempart de paille contre les forces Penny-Dreadful-Season-2-Teaser-2obscures qui se pressent à la porte – les sorcières ayant pris le chemin obscur, le lord ivre de pouvoir qui veut récupérer la terre de la guérisseuse par n’importe quel moyen, l’intolérance des villageois, le diaaable, la folie qui guette.Plus y’a Frankenstein, Dorian Gray, un loup-garou, et les hantises et obsessions de l’ère victorienne qui soulignent en sourdine les histoires les plus rocambolesques, leur prêtant de la texture et une certaine gravité mordante et glauque. Les métaphores, tellement de métaphores ! Le seul truc c’est qu’ils confondent morelle noire et belladonne mais bon.  C’est chouette.

Un peu dans le même ton, ma playlist de musique préférée pour jardiner, détapisser, tambouiller et compagnie, qui s’écoute mieux très fort à la campagne dans une maison vide sans voisins proches pour entendre, dans le genre monstres délirants et gothique rock n’roll. Je prépare déjà Halloween dans ma tête en juin.

Au cinéma, j’ai vu Mad Max : Fury Road, le film parfait à regarder quand on prépare son permis, ça déchire niveau leçons de conduite. Dans un monde post-apocalyptique désertique, Charlize Theron, crane rasé et prothèse méchanique, libère les femmes esclaves d’un espèce de taré immonde qui a accaparé une source au sommet d’une montagne et s’est arrogé un statut divin (conseillant ainsi aux gens d’en bas de ne pas ‘développer une addiction à l’eau’. wow.) élevant des enfants-soldats dans un culte de l’ultraviolence, accrochant des femmes à des machines à traire ou en faisant des pondeuses, bref, le truc sympa. Donc, elle se barre, direction la terre verte et matriarcale d’où elle avait été enlevée jadis. Sur la route, des tempêtes de sable, un type nommé Max qui ré-apprend petit à petit à être humain, un gang de grand-mères bikers trimballant des graines, et beaucoup beaucoup d’explosions. Métaphores métaphores.

Autels et compagnie

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fotor_WP_20150406_004(3)High tea d’Ostara avec une amie de mon fotor_WP_20150404_002ancien cercle, avec cupcakes chocolat orange, sandwichs au concombre et oeufs marbrés. Mon autel basique, entouré de fil rouge pour marquer l’espace sacré. Je suis aussi en train de me faire un fourbi divinatoire, petit à petit. Cela faisait longtemps que je ramassais des bidouilles poétiques par terre – une épingle surmontée d’une perle, une petite pièce d’un jeu d’échecs, un tesson de poterie, un cauri, une pétale de fleur de cimetière plastique…je commence à avoir un début de jeu.

 

Le mot de la fin 

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Home (Se sentir chez soi) pt. 1

Il m’a fallu du temps pour me sentir chez moi dans mon petit studio, pour la première fois que j’habitais réellement toute seule, mais j’y suis arrivée récemment.  C’est ce sentiment élusif de home, qui recouvre des réalités symboliques, psychiques, énergétiques et émotionnelles complexes. Pourquoi juste maintenant, alors que cela fait un an que je vis dans cet appartement, et trois dans la même ville ?

Je suis bien partie pour écrire 15 pages sur le sujet, je vais donc couper tout cela en plusieurs morceaux; pour arriver à m’exprimer, comme d’hab, complètement en diagonale et toujours arriver à bon port logique.

Des limites et du consentement

L’envie d’écrire sur ce sujet a émergé après une série de conversations avec des amies sur le respect de soi-même et l’intégrité personnelle liée au corps, qui est le premier home que l’on connaît, le corps comme siège des émotions, des perceptions, des sensations. Se sentir chez soi dans son propre corps et dans sa maison sont des problématiques liées car il s’agit de s’accorder le droit d’exister, de prendre de la place, et d’avoir ses limites.  Ce sentiment peut paraître évident pour certaines personnes mais ne l’est pas pour d’autres, lorsque pour une raison ou une autre certaines limites n’ont pas été posées ou respectées, souvent dans l’enfance. Les membres de famille violents d’une manière ou d’une autre et/où qui ne respectent pas les limites de l’enfant sont beaucoup plus nombreuses que l’on croit, dans une société qui fétichise l’autorité aux dépens de l’autonomie et qui apprend tellement peu simplement à reconnaître l’existence de ces limites. C’est le fameux ‘si, fais un bisou à la dame, souris, mets cette robe‘ mais cela peut être aussi plus insidieux, une exigence de transparence absolue, de droit de contrôle, de conformité à certains principes, parfois sous des prétextes de ‘libération des mœurs’. Certaines barrières psychologiques et façons de faire socialement et historiquement construites, considérées comme ‘naturelles’, sont imposée de forces, et à la place d’une aide à faire face au monde, les parents se retrouvent à transmettre des cages mentales à leurs enfants, et le corps en est souvent le premier objet. (Foucault, bisou !) Cela part souvent de bonnes intentions, et une fois adulte on a souvent du mal à réaliser lorsqu’on reproduit le même comportement parce qu’on a jamais appris une façon différente de faire.

Cela est compliqué par le fait que le corps, dans cette société,  est un terrain de bataille symbolique. Pour les femmes en particulier, il est dès le départ conceptualisé comme une monnaie (mais cela s’applique aussi dans une certaine mesure aux hommes qui ne rentrent pas dans le moule alpha de base). A l’adolescence, le procédé principal de transformation proposé est l’objectification. C’est un processus souvent d’une violence inouïe, (on appelle pas ça culture du viol pour rien) mais banalisée, et plus ou moins amorti par les outils de remise en question transmis par le contexte familial. Le passage à l’âge adulte est un récit de seconde venue au monde qui a besoin de s’appuyer sur des repères, des modèles, des rites, des représentations symboliques, et les trouve où il peut. Soit on suit le courant et on prie pour limiter la casse, soit on refuse et on se retrouve d’office en porte à faux par rapport à un certain nombre d’expériences ‘formatrices’ et aux représentations du corps humain tel que présenté comme correct. En état de monstre, de chose bizarre, invisible ou grotesque, puni pour sa transgression de simple existence, nourri à la honte. Payer le prix demandé n’est pas une garantie de succès non plus, car c’est par essence un modèle perdant-perdant, la perfection étant impossible. Le résultat, que j’ai observé chez moi-même et tellement de femmes autour de moi : insécurité, envie de disparaître, dépression, colère rentrée, comportements auto-destructeurs, troubles de l’image de soi et de l’alimentation, auto-mortification, incapacité à occuper son espace, auto-sabotage, auto-victimisation, sentiment invasif de dissociation chronique (cette impression de flottement, de se sentir coupé de sa propre vie, d’être incapable de s’en soucier et de nommer ses propres sentiments).

Il y a des études scientifiques qui prouvent que le bombardement mental constant fait par la publicité d’images de corps retouchés et trafiqués, et l’obsession pour l’apparence, ont un effet direct sur la concentration et les performances mentales. Au final, en prendre conscience aide mais cela ne s’efface pas avec un bisou et un claquement de doigts. Chacun développe ses stratégies plus ou moins glorieuses, chacun porte ses cicatrices. Il y a un certain pouvoir dans le fait de les reconnaître : elles marquent une limite. Le droit d’avoir des limites est le droit d’exister. De marquer l’endroit où on refuse de donner plus, où on ne va pas plier ni reculer, les conditions fondamentales de son intégrité personnelle. C’est difficile, mais c’est salvateur pour l’âme. Et pour une sorcière c’est encore plus important car cette intégrité personnelle s’appelle aussi pouvoir, ou mojo, ou charisme, ou force d’intention, ou respect de soi, et si on n’est pas ancrée bien au milieu, elle a beau appeler des dieux ou des esprits ou des énergies, comment vont-ils la prendre au sérieux si elle n’y croit pas elle même ? Le oui n’a pas de réelle valeur sans possibilité du non.

Il n’y a pas une seule manière de se respecter soi-même, c’est un processus interne par rapport à ses propres besoins et valeurs. Pour une personne, cela va être d’aller vivre en ermite sur une montagne et de se nourrir de la manière la plus pure possible. Pour une autre, de reconnaître ses pulsions et de coucher avec qui elle a envie quand elle en a envie. L’idée fondamentale, c’est de ne pas accepter à l’intérieur des normes proposées par l’extérieur si elles ne nous conviennent pas. C’est loin d’évident, et le chemin vers la connaissance et la maîtrise de soi est semée d’embûches – car on parle de logique de fond et pas de caprices ou d’envies superficielles. Je pense qu’une partie fondamentale du respect de soi est de comprendre la logique de ses erreurs et de se pardonner ensuite, car les erreurs sont capitales dans le processus de recherche, d’innovation et éventuellement de succès. On fait parfois des choses stupides par besoin d’affection, de reconnaissance, d’attention, etc…c’est humain et il ne s’agit pas de nier ces besoins, simplement de trouver une manière plus saine de les satisfaire, et ce n’est pas toujours possible. La première étape pour se sentir chez soi – dans sa propre peau, dans son propre espace, établir ses propres règles. La magie peut être un outil redoutable de réappropriation et de guérison symbolique dans ce cadre.  Les exercices d’ancrage et centrage qui sont l’ABC de la pratique renvoient également à cela.

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                                          Vu sur les murs de la ville 

Faire fleurir son jardin secret 

Oula, c’est mignon, tout fluffy, et en effet, on vogue vers un paragraphe très paix et amour et actualisation de soi, sortez vos cristaux à chakras.

Bon, alors, et que faire concrètement lorsqu’on s’est rendu compte de tout ça ? La première étape, malheureusement, n’est pas très vibrante : parfois rien ne remplace une action brutale permettant de dégager certains éléments malsains de sa vie. Ensuite, l’engagement politique et intellectuel, et apprendre à affirmer ses points de vue, ça aide aussi, souvent. Mais moi je vais vous parler de l’aspect plus personnel, de mon propre cheminement, en sachant que ce n’est pas une solution universelle.

Après avoir habité dans des situations plus ou moins chaotiques pendant des années, le fait d’avoir mon propre studio, être la seule à avoir la clé, être assurée qu’il n’y aura pas d’inconnus chelous chez moi à trois heures du matin ou que personne ne débarquera à l’improviste pour me crier dessus et balancer mes affaires par terre dans un accès de colère, cela fait un bien fou. Et ce n’est qu’à ce moment que je me suis rendue compte de la tension permanente qui m’habitait avant, et que ce n’était pas normal.

Par empathie, par tradition chaotique, par confusion parfois et en raison d’un léger trouble de la concentration, mes territoires mentaux et psychiques sont très mutables. Je trouve cela très facile de m’emparer d’un nouveau paradigme, de m’identifier à une personne, de trouver des arguments en faveur de n’importe quel point de vue, à un point où cela fait peur parfois, et où j’ai l’impression de me perdre moi même. Je me laisse aussi facilement atteindre par les critiques, aussi peu constructives et erronées soient elles. Je me suis donc rendue compte qu’il me fallait un sanctuaire mental, une île protégée en quelque sorte, où je pouvais laisser de côté pour un instant les remises en questions, soucis du quotidien, injustices et problèmes. Ce n’est pas une technique de l’autruche – au contraire, c’est bien souvent les milliers de petites préoccupations stridentes qui bloquent l’action. Là, j’apprends à trier mes pensées et les retours du monde extérieur et je me demande : est ce que c’est pertinent ? Est ce que ça m’aide à accomplir mon but ? Est ce que cela me fait du bien ? Non ? Poubelle, ou pause tout du moins. Cela libère alors tout de suite de la mémoire vive pour être plus concentrée sur ce que je fais, y compris mes émotions directes, les sensations du corps, mon intelligence situationnelle et kinesthésique intuitive. Ce n’est pas toujours possible. Mais ces moments vécus pleinement, et qui me permettent mieux d’apprendre à être fière de moi même, me servent dans d’autres situations, pour me rappeler que c’est possible, et ancrer cette vérité dans la mémoire de mes os. Je m’en sers, de ces souvenirs, comme une incantation, pour murmurer à la partie de moi même qui est une petite bête blessée de ne pas partir dans ses réflexes de fuite.

Il s’agit de faire de la ré-intégration symbolique. Cela est plus difficile pour des choses qui nous sont arrivées, parfois sans notre consentement éclairé, ou que nous avons fait par détresse, et qui ne correspondent pas à notre image de nous-mêmes. Petit à petit, il est nécessaire de faire muter la narration autour de ce qui est arrivé : personne n’est une victime par essence, et certaines choses ne sont pas de notre faute. Certaines stratégies adoptées par instinct de survie témoignent de notre volonté de s’en sortir, de préserver certaines valeurs importantes pas forcément évidentes à l’époque. Cela fait partie de notre histoire mais ne nous définit pas. L’intégrité n’est pas un coffre avec des joyaux dedans pouvant être dérobés par n’importe qui, mais un processus, qui fleurit lorsque la survie immédiate n’est pas l’objet principal, et qui résiste à n’importe quelle sécheresse sous la forme de graine.

Il y a de nombreux petits trucs qui m’aident à faire prendre corps à cette réalité : j’ai le droit d’exister en tant que moi-même. Cela peut passer par le fait de prendre soin de mon espace de vie  : ménage (ce qui peut sembler un combat au quotidien quand on se sent pas bien.), bougies parfumées, petites loupiotes, une jolie tenue d’intérieur, de la nourriture bonne et saine, de la musique réconfortante, de la crème pour le corps qui sent bon, mon mur d’images inspirantes, le plaid donné par ma grand-mère que je trimballe partout depuis l’âge de 15 ans… Prendre soin de soi sans ne rien mettre d’autre derrière, pas d’objectif de productivité, de rentabilisation, de séduction, de représentation, et c’est déjà un putain de défi. Une des choses extrêmement importantes pour mon équilibre a toujours été de tenir un journal intime, qui m’a permis de me mettre en confiance pour l’expression de mes idées et sentiments, un espace complètement intime et libre. J’ai un petit ‘sac confort’ que je me suis faite pour les moments de blues.  Il contient une bougie parfumée, un petit carnet de poèmes inspirants, une pierre pour l’ancrage, de l’huile essentielle de bergamote (qui a des effets bonne humeur et anti-stress avérés),  une huile infusée à l’églantine et à la vanille, un autre carnet contenant des réflexions éthiques (parce que je suis une meuf rigolote comme ça), un sachet magique anti-dépression inspiré de cette recette, et d’autres trucs. Ce n’est pas vital, je survis très bien sans, mais c’est important, toujours.

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Mocha latte, coeur de hipster

 Le matin, j’allume une bougie, je me mets de l’eau de rose sur le visage, et, en guise de méditation (et parce que la méditation classique me met en transe, me fait stresser, ou me donne envie de dormir, ce qui n’est pas idéal le matin…) je me pose une série de questions. En ce moment, c’est : qu’est ce qui dans mon expérience m’a rendue forte ? quels sont des exemples de force que j’admire, et comment puis-je m’en inspirer ? Finalement, qu’est ce que je remets à plus tard parce que j’en ai peur, et comment envisager une issue plus positive que celle qui me fait psychoter ? Les réponses sont variables. Ce matin c’était : mes déceptions passées m’ont permis de me rendre compte que je n’étais pas obligée de m’embarquer dans n’importe quel idée ou plan foireux que l’on me proposait juste parce qu’il y a une infime parcelle d’inspiration/de vérité dedans, j’ai le droit d’être exigeante sur ce à quoi je donne mon accord. Je suis inspirée par les femmes dans mon entourage qui ont réussi à conserver leur enthousiasme malgré un environnement hyper-critique qui supporte mal ceux qui sortent du lot, par un mélange de dynamisme, d’attention sélective, de générosité et d’intelligence sociale bien aiguisée. J’ai peur de prévoir mon futur en tant que jeune professionnelle parce que je risque de tout faire foirer, spécialement après l’euphorie des débuts mais de toute façon, lorsque je suis réellement motivée et à ma place cela se passe bien, c’est juste que j’en ai pas trop l’expérience donc bon…je parle à ma bougie, engravée de la rune Raidho, qui signifie la mise en mouvement. L’importance de poser les bonnes questions, qui éveillent l’âme.

Cela permet de construire sa maison sur de bonnes fondations, et ce n’est qu’à demi une métaphore. Si on se retrouve dans un job ou une formation foireuse, comme je l’étais cette année, c’est souvent qu’on s’est pas posé les bonnes questions sur ce qui est réellement important pour nous. C’est en se posant les bonnes questions que petit à petit on exerce ses muscles intuitifs et intellectuels, qu’on apprend à discerner la forme de ses limites personnelles; qu’on apprend que notre forme astrale a des ailes, bref. On se dessine sa propre carte du monde. Je me suis rendue compte que mine de rien j’aimais la vitesse, la nouveauté, l’ébullition culturelle et intellectuelle, que mon cerveau a besoin d’être stimulé sinon il se dévore tout seul, bref que je n’étais pas faite pour vivre dans une commune hippie au fond de l’Ardèche là tout de suite, et que je n’étais pas non plus faite pour assurer la sécurité routière dans les tunnels (moment de grosse remise en question pour moi, cette conférence.) J’admire franchement les gens qui le font, c’est juste pas mon truc. Ahaha et je m’étais dit ‘ce master il est bien, ça a l’air sérieux, technique, solide’ mais en fait il va bien falloir que j’assume ma nature de sale intello artiste gauchiste sur les bords, quoi qu’en dise ma famille et mon compte en banque (ça va, pour l’instant ma grand-mère me compare à Simone de Beauvoir, donc euh…win win ?) Pas de planque fonctionnaire tranquille pour moi…

Là tout de suite, ce qui est important, ce qui m’a permis de me sentir chez moi, c’est ce processus de réconciliation avec moi-même, ces petits rituels, de savoir que je suis en route vers quelque chose d’inspirant, un quartier intéressant (non sérieux y’a des punks qui se sont installés sur la place devant chez moi et ils ont dessiné un pentagramme sur leur tente O_o), et de m’être enfin entourée de gens bienveillants, marrants, avec qui je peux avoir des échanges géniaux, qui sont dans cette même quête de respect de l’intégrité et des limites chez soi et autrui, qui comprennent que parfois le contact social me fatigue et que j’arrive pas à être très bavarde, que je m’endors à des moments bizarres, ou qui m’appellent à deux heures du matin durant une insomnie mutuelle pour parler du futur…mes amis qui ont eux aussi leurs bosses et leurs idiosyncrasies auxquelles je dois faire attention, et c’est un exercice souvent délicat, mais essentiel. Ma petite sœur qui vit chez moi en ce moment, à la fois adorable et pénible, ado narcissique au grand cœur et à l’esprit affûté de son état, ce qui fait ressortir mes côtés plus maternels et je dois m’exercer à ne pas être étouffante, à faire confiance en les choix qu’elle fait, ce qui fait bizarre à 24 ans mais bon – on est plus une famille ces quelques derniers mois qu’on ne l’a jamais été, et ça fait plaisir de voir à quel point certains liens s’enrichissent avec le temps, et la confiance qui grandit avec l’échange honnête. Un jour je me verrais bien en matriarche redoutable à la Nanny Ogg, avec une tribu haute en couleur dans un éco-quartier avec jardin partagé, mais en attendant, c’est chouette.

A suivre : je raconte encore plus ma vie, une partie sur l’importance du temps, comment gérer ses côtés les plus moches, une partie sur la discipline (avec des images de fouets), et comment gérer le contact intérieur-extérieur.

Inspirations – 1

De temps en temps, je vais écrire ce genre de posts, un peu-fourre tout, pour partager des coups de cœur et des idées, et parler de la manière dont j’intègre la spiritualité et la pratique dans mon quotidien. Cette semaine…

Routine matinale

Comme j’ai un peu de temps en ce moment, le matin, j’applique le plus possible la recette suivante : centrage + ancrage + check chakras + purification eau/respiration (un exercice inspiré de T. Thorn Coyle dans Kissing the Limitless, qui consiste à respirer profondément pour ressentir l’énergie vitale dans son corps puis à la diriger dans un verre d’eau et enfin à la boire en visualisant la purification)

Ensuite, je médite sur ce quoi je procrastine en ce moment, j’essaie de comprendre pourquoi (peur, colère, tristesse ?) et d’accepter ces émotions, puis je visualise une issue plus positive. Je pense ensuite à des personnes/personnages que j’admire, et je m’inspire de cela pour projeter une image de moi-même dans le futur inspirée de leur qualités -après tout, lorsqu’on est capable de ressentir un vague frisson de ce que le futur pourrait être, il est déjà plus facile de viser vers là où on veut aller. Je sais que j’aurai des tatouages (haha) et ensuite, cela varie. C’est une chose de dire ‘je veux avoir confiance en moi’ mais notre confiance en nous-mêmes ne ressemblera pas à celle du voisin – pour certaines personnes il s’agit de s’exprimer, d’être flamboyant et décidé ; pour d’autres, se donner le temps de réfléchir, d’être posé, de faire les choses à son propre rythme, de se donner les moyens d’accomplir ses objectifs…à chacun sa façon de remplir les promesses que l’on s’est fait dans le passé, de se permettre cette continuité et cette cohérence dans le parcours qui nourrit et permet de s’épanouir.

Et finalement, je remets en place mon bouclier énergétique.

Je me suis fait une playlist pour l’occasion, qui commence avec des cordes douces et brumeuses, puis glisse vers des rythmes plus vigoureux, pour me motiver à me bouger. C’est l’équivalent sonore d’une lampe simulateur d’aube.  J’aime le violon.

Autels 

Autel d’Imbolc fêté avec deux amies et petit autel du matin :

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Recettes et tambouille

Pour une pause anti-stress et bonne humeur, je mets une cuillère de miel dans le fonds d’une tasse, j’ajoute une goutte d’huile essentielle de bergamote, je mélange bien et je verse du thé neutre par dessus. La bergamote est mon H.E anti-dépression fétiche, d’autres huiles pouvant avoir un effet similaire sont la mandarine, l’orange douce ou encore le petitgrain bigarade. (dossier intéressant sur les H.E en cuisine ici). A ne pas répéter tous les jours pour éviter de traumatiser votre foie, c’est un vrai plaisir de temps en temps.

InstagramCapture_58777fc0-1644-4b9e-afce-1e2f3966db9e Côté recettes, les rouleaux de printemps, c’est le bien. C’est rigolo à faire,  très versatile, et permet de se faire sa dose de légumes frais sur le pouce. J’ai fait les miens avec des nouilles de riz, des crudités, de l’omelette au  fromage, de la sauce au curry et du gingembre en conserve, avec une vinaigrette agrémentée d’une goutte d’HE citron.

La soupe qui est trop de la bombe, que je fais en marmite pour tenir toute la semaine : oignons + carottes en lamelles rissolés, ajouter de l’eau, de la citronnelle (lemongrass) hachée, des patates douces, quelques pommes de terre, des lentilles corail, un cube de bouillon, porter à ébullition puis laisser mijoter à feu doux. Lorsque les légumes sont cuits, rajouter du lait de coco, puis passer au mixer.

Gestes soin et beauté

Sur les conseils d’une amie, je m’essaie au no-poo (ou…less poo) qui consiste à diminuer drastiquement, voir à supprimer son utilisation de shampooing. A cause d’une eau extrêmement calcaire et d’utilisation trop agressive de produits, je me suis retrouvée avec des cheveux assez pénibles (secs, cassants, racines avec pellicules, irritation, la totale). J’en suis à un shampoing par semaine à peu près (Desert Essence au tea-tree et citron) avec des alternatives entre temps. J’ai essayé le rhassoul, le rinçage à l’eau vinaigrée (rend les cheveux tout doux) le lavage à l’oeuf (texture étrange, rend les cheveux bien brillants) ou au bicarbonate de soude (efficace mais décapant, à faire une fois de temps en temps) les poudres de plantes neem et tulsi (bof) le henné (plus sombre que voulu, me donne l’air légèrement gothique aha) et en écrivant, je suis enturbanée de cellophane par-dessus un masque miel-yaourt. La suite au prochain épisode. Je suis toujours preneuse de conseils. Bons conseils ici.

Coin-coin culture

Le dernier film qui m’a marquée c’est The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson (je sais, je suis en retard.). Histoire en poupées russes, quasiment zéro conscience politique mais absolument charmante, comme son personnage principal. La manière dont ce concierge dandy légèrement opportuniste utilise les rituels – parfum, fleurs, service impeccable, ordre secret de maîtres d’hôtels, gâteaux servant d’outils diplomatiques ou d’évasion de prison – est fascinante. Il maintient ainsi en vie l’illusion d’une Vieille Europe partant déjà en poussière contre la montée de la barbarie du nazisme et de l’industrialisation, fétichisme du passé se retrouvant dans ses relations intimes avec des vieilles nobles croulantes. D’un autre côté, c’est une manière de témoigner du respect et de l’attention à ses clients, mais aussi à ses pairs et subordonnés, selon sa philosophie – tout le monde, même si mal poli ou franchement moche, a un secret besoin d’être aimé et mérite le meilleur service possible. Le film est sauvé de la nostalgie poussiéreuse par un sens du style génial, un rythme effréné et un humour absurde super chouette. Bon moment garanti.

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Je lis plusieurs livres en ce moment :

bell hooks, Communion : the Female Search for Love.

‘I looked for love, but I found freedom. And the freedom I found changed my way of thinking about the place of love in a woman’s life. I began to see that the proper place for love in a woman’s life was not relational love as the source but love generated in the quest for self-realization. By claiming that quest as essential, as the journey that would determine my fate, I realized that the proper place for love was as the solid foundation on which I would invent self and create a life. Uniting the search for love with the quest to be free was the crucial step. Searching for love, I found the path to freedom. Learning how to be free was the first step in learning to know love. ‘  

Pierre Tévanian, La haine de la religion : comment l’athéisme est devenu l’opium du peuple de gauche

‘Une tradition anticatholique qui s’enracine dans la lutte historique contre un clergé puissant et étroitement lié à l’appareil d’Etat ne saurait trouver son équivalent contemporain dans une islamophobie dont les premières victimes sont les simples fidèles d’une religion minoritaire.’

‘Marx soutient certes que la conscience religieuse est en contradiction avec le réel social – le fidèle croit à sa propre réalité, à sa propre importance, à sa propre dignité, alors qu’en réalité il n’en est rien – et qu’elle est en ce sens illusoire, mais il soutient dans le même temps que ladite illusion remet les choses à l’endroit, ce qui revient à dire que le croyant a aussi, sur un autre plan – sans doute plus fondamental – raison de se penser important : l’égale dignité de tout être humain est bel et bien une réalité, qui devrait être reconnue et actée dans un monde qui tournerait à l’endroit’.

‘la soumission à Dieu peut revêtir une signification tout aussi profonde et universelle que des athées peuvent et doivent entendre aussi bien que des croyants : aucun humain ne peut légitimement me soumettre.’

L’art c’est joli 

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bon allez, je vais aller rincer mon yaourt capillaire ! à la prochaine !

Mouvement, fluidité, posture (Processus 0)

Petit post de mise au point sur ma pratique après le tsunami des mois récents.

Ces derniers temps, le sens de mon mot ‘pratique’ s’est élargi. En laissant aller mes vieilles structures spirituelles, le monde m’est revenu, la brèche cruelle entre rêves et réalité s’est faite pont de soie, cicatrices en voie de guérison, ciseaux et aiguilles à manier en toute connaissance de cause. Sensibilité empirique d’abord, modèles du monde après, curiosité et ouverture par principe.

Je me rends compte que ma fluidité intérieure, ces fluctuations et mutations qui m’ont perturbées pendant longtemps, font aussi de moi qui je suis – capacité de se perdre en explorant et de revenir à soi-même ; la capacité à considérer simultanément deux paradigmes opposés à première vue ; la capacité à distinguer des points d’articulation, de compromis, de transformation, la capacité de s’adapter à son environnement sans se renier, la capacité de parler plusieurs langages en les superposant, la capacité à jouer et à rêver sans entraves. Cette partie de moi que j’ai longuement reniée, par peur de la perte de contrôle, des excès possibles – mais ces choses là reviennent quoi que l’on fasse, d’une manière où d’une autre. Et je commence à me connaître, les zones où ces potentiels risquent de déraper – instabilité, inconstance, brouillard, désillusion, escapisme, insensibilité, dissimulation, paranoïa, perte de sens, irréalité, paralysie – et de plus en plus, je sais comment retourner à moi-même.

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L’univers change en permanence, et la seule permanence possible est dans le mouvement – la pratique qui donne forme à l’intention dans le temps et l’espace. J’aime beaucoup la théologie/philosophie du process (Dieu est un potentiel) : on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, parce qu’on n’est jamais exactement la même personne. C’est ce que j’aime aussi beaucoup dans la roue de l’année wiccane, cette observation fine des processus extérieurs qui se répercutent à l’intérieur, un cycle sans fin mais qui ne nous retrouve jamais exactement au même endroit. On changera de toute façon, mais plus on se cramponne et plus on change par réaction, et non par intention.

J’ai commencé récemment à prendre des anti-dépresseurs, ce qui m’a fait prendre conscience de l’aspect chimique et physique du ressenti intérieur et spirituel. Les vagues émotionnelles,  les hauts et bas vertigineux quotidiens ont fait la place à une énergie statique, uniforme, mais plus légère aussi. Cela m’angoisse parfois, mais je me rappelle que je l’ai choisi moi-même, que c’est un état passager. Cela me donne  une feuille blanche, me permettant de me concentrer sur l’action, d’aller chercher de la nourriture à l’extérieur au lieu de me contenter de voyages internes. Même si ça me donne envie de rigoler à des moments inopportuns, de serrer les gens dans mes bras et me donne la nausée du matin (lol?). La pratique spirituelle m’est plus importante que jamais, comme le maintien d’une posture souple et droite alors que les vieux mécanismes se sont évanouis.

Dans le monde spirituel, on donne souvent comme conseil de se tourner vers l’intérieur, de se détacher du monde…je l’ai trop fait et je ressens aujourd’hui l’importance de l’équilibre. On se construit en grande partie par les actes et les relations. Ma colonne vertébrale est plus forte sur la voie du milieu. Le plus difficile lorsqu’on est en dépression, outre le fait d’arriver à le reconnaître, c’est de se sortir du désespoir et du vide, de croire en soi alors que le moindre petit acte du quotidien demande un acharnement constant, le pathétique le disputant au trivial. Qu’on nous encourage à faire du sport, à se ‘donner un coup de pied au cul’, à reconnaître que ‘tout le monde à des problèmes’, à aller chez le psy et tout ira mieux, c’est tentant de se dire que oui, il y a une solution simple, on est juste des faignasses. D’oublier qu’il y a des vrais bouts de solution dans la soupe obscure et qu’on n’en est peut être pas arrivés là pour rien. C’est tentant de se dire qu’on est vraiment stupide et qu’il suffirait d’écouter les conseils qu’on nous donne. C’est tentant aussi d’avoir honte d’avoir besoin d’aide, de ne pas pouvoir s’en sortir tout seul, de ne pas avoir demandé de l’aide avant. C’est tentant de mettre sa tête dans le sable et de se dire qu’on a tout inventé de toute façon.

Or il est au final, ni possible d’abdiquer ses responsabilités et son libre-arbitre, ni possible de se couper du monde. Il est nécessaire de s’immerger dans ce labyrinthe qu’est le doute, trier de qui tient de la paranoia enflammée ou de l’intuition saine, du bon sens général et lénifiant de ce qui est réellement applicable à sa propre situation, de mettre les barrières et les portes et les ponts au bon endroit. C’est une chirurgie de longue haleine, qui demande patience, compassion, précision, persistance. Il n’y a pas une seule solution, car ce n’est pas un seul problème. Il y a les mauvaises habitudes et les plaies du passé mal cicatrisées, les désordres chimiques au niveau du cerveau, le corps l’âme et le coeur mal nourris, les erreurs non réparées, les conneries de la société et les héritages empoisonnés, l’empathie douloureuse et un certain masochisme bien ancré, les relations déboussolées, et la peur et ouh, quel bordel, on se met en mode blue screen of death, surcharge système. shutdown histoire d’éviter de crâmer complètement. Le froid et l’indifférence sont un antidote en petites quantités, une manière de remettre des barrières et de retrouver de la clarté, mais il faut faire attention de ne pas perdre de membres importants.

Je suis donc en phase de reconstruction. Mon but est de relancer certains processus qui avaient donc été mal installés, détruits ou pas construits du tout. La pratique rituelle et magique, toutes considérations métaphysiques mises à part, est une bonne manière de communiquer avec son propre inconscient, d’entraîner ses capacités plus subtiles, et de garder son écosystème symbolique en bonne santé, tout en favorisant une ‘somatisation positive’ si on peut dire.  Je suis en train de préparer un post sur ‘comment se sentir chez soi’, par exemple. Au final, le but c’est de finalement me prendre au sérieux moi-même et de me donner les moyens d’atteindre mes rêves…et donc de m’autoriser à me lancer, à échouer, à essayer, à m’entraîner sans arriver à la perfection…de manière plus fluide.

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Créative

Je ne suis pas morte ! Yay ! Bonjour.

Nouveau départ. Ma spiritualité, dix ans, envoyée par la fenêtre au printemps dernier. Plus de connections divines, après une période de présence de la Déesse de l’abysse et du Dieu du bûcher, cela s’est fait naturellement. Les convictions, les croyances, les pratiques dont j’avais fait un des fondements de ma personnalité, dissoutes.

Athée pendant un temps, pour me dégager d’héritages new-ageux pervasifs, d’habitudes malsaines, de petites psychoses domestiques accumulées, d’un sentiment d’irréalité et de flottement. On ne construit pas un château en commençant pas le toit.  J’avais besoin de m’incarner plus solidement, de m’entraîner à une manière de penser plus rationnelle, apaisée, centrée sur l’action, les relations, l’observation.

Quand on passe tellement de temps à voir et à ressentir des connections partout, on finit par faire la chasse aux fantômes, et cela risque de tourner à la psychose. Je sais que c’est un sujet sensible dans le milieu païen – où beaucoup d’entre nous ont (eu) peur d’être jugés comme fous, je ne voudrais pas que cela passe pour un jugement, à chacun son parcours et je sais la valeur profonde de visions du monde qui font une part importante à ce qui tient du magique, de l’intuitif. Cependant, en raison de mon parcours, ce n’est pas une voie saine pour moi, en tout cas pas en ce moment. J’ai besoin de me construire par moi-même, sans dépendre d’une croyance spirituelle.  J’ai cette partie de moi capable de perdre la tête par dévotion à une idée/entité/personne/idéal/histoire, et ce n’est pas quelque chose que j’ai envie d’entretenir. Je me suis servie de ma spiritualité comme une excuse pour ne pas être présente au centre de moi-même, et j’estime que les Dieux méritent mieux.

Le matérialisme a ses vertus : il m’oblige à trouver des solutions concrètes à mes problèmes, avant toute chose, à ne plus me réfugier dans des vues de l’esprit que j’avais souvent tendance à confondre avec de réelles intuitions. Pour se construire, il faut savoir se mettre des barrières, des limites. Ma spiritualité gravite naturellement vers des figures et énergies en lien avec le doute, le chaos, la destruction, la décomposition et bah…ce n’est pas ce que je dois faire en ce moment dans ma vie. Cela agissait de pair avec la dépression et l’anxiété pour me paralyser complètement ; me poussant à me servir d’une émotionnalité confuse, apeurée et irresponsable pour m’orienter, au lieu de ma capacité d’analyse et de réflexion.

Ayant fait le vide, je me suis posée la question de savoir pourquoi je voulais vivre, des raisons venant de l’intérieur, sur lesquelles je pourrais compter – ma spiritualité est dérangeante, bouillonnante, instable par nécessité, elle ne fait pas une bonne base, elle tient d’un processus d’aliénation/ré-intégration qui peut être violent. Je ne parle pas de glorifier un rationalisme arrogant et je garde toujours une petite porte ouverte vers l’inconnu dans mon esprit. Mais de parler en termes plus simples : honnêteté, courage, intégrité, créativité, esprit critique, tolérance, respect, compassion, bienveillance, attention, amour de la connaissance, diligence, solidarité – pas comme une morale ou quelque chose à revendiquer mais un parcours personnel, concret, qui n’a de valeur que si vécu, comme une colonne vertébrale et quelque chose que rien ou personne ne pourra m’arracher. La beauté existant dans le monde et la connaissance en soi sont pour moi des raisons suffisantes de vivre, je n’ai pas besoin de cette mission divine/morale pour laquelle j’avais prié pour me donner de la valeur. Et cette valeur je peux aussi la construire en moi-même, par mes actions.

Ma spiritualité a toujours recouvert – et en partie étouffé – une faim plus vaste, l’inspiration, l’art, la passion, un désir de connexion avec le monde, un sentiment de vide et de vertige, l’émerveillement, la sensation qu’il n’y a pas de paix ou de logique dans la trame de l’univers mais qu’on peut en construire et qu’il y a bien des vrais bouts de sens dans la soupe, que la nuit est sauvage et remplie de monstres ; une nécessité de grâce et d’élégance, des perceptions numineuses, de l’impossible imminent, de l’absurde et de l’ultra-logique, et je veux maintenant m’y attacher sans filtre autre que ce qui sera nécessaire à un moment donné.

Ce que je veux dire, c’est que mes perceptions n’ont pas disparu, je fais mieux la différence, je continue de délier des liens qui n’ont pas de raison d’être, et j’apprends à suivre mes intuitions et mes envies directement sans me fier à un quelconque schéma de pensée pré-établi, tout en affinant mes valeurs et mes critères d’action. C’est la base.

Voilà mon témoignage, ce n’est pas une prescription ou une critique. Le paganisme ne peut pas être une excuse, et il faut s’occuper de sa vie avant toute chose, voilà ce que j’ai appris. Rien de très révolutionnaire, mais j’avais besoin d’en parler, d’illustrer qu’il existe un pendant au récit standard de découverte et d’immersion dans la spiritualité. On n’est pas tous appelés à occuper des responsabilités, à avoir un lien avec le divin, à être prêtres ou prêtresses. Et la spiritualité peut se vivre sans rituels, méditations, matériel, dévotion constante. Il est important de rester honnête par rapport à sa capacité d’engagement.

Je me dis païenne car les possibilités derrière me sont précieuses, je ne regrette pas mon parcours, je suis tombée amoureuse de ces Dieux et de ces histoires et je suis de type persistant, ils font partie de mes constellations symboliques, ils vivent à travers l’humanité quoi qu’il arrive, et la part de la croyance là dedans est somme toute dérisoire. Ils reviendront peut être un jour dans ma vie, peut être pas, peut être qu’ils seront toujours présents de manière différente – j’en prends le risque et au final, ça me regarde.

Je vais continuer à écrire ici, de manière plus libre et hors cadre, me recentrer sur l’empirisme, l’observation, la perception, la réflexion, la créativité, peut être un peu de littérature et de poésie, on verra. Si ça vous intéresse toujours, je serai ravie d’échanger avec vous.

Absence de signe n’est pas signe d’absence – hein quoi ? (Sylphe – 1)

De retour d’une après-midi à tirer les cartes dans le parc en compagnie sorcière, avec une sympathique isolation toute bénigne. (Moi et le soleil…bof. La lumière de mon écran me suffit.) Enfin libérée des partiels, je peux m’attaquer à quelques projets en retard. Dont :

Mon article pour Sylphe, un collectif de bloggeurs païens lancé par Nuno, sur le thème des signes et de l’intuition, et l’impact sur nos choix. (deux semaines après la deadline, mais avant c’était juste pas possible.)

Les signes, donc. J’ai grandi dans une atmosphère…disons assez new-âgeuse pour ne pas trop rentrer dans les détails. Les signes, c’était important, et il fallait écouter, sinon on se prendrait des baffes dans la gueule. Ce qui somme toute n’est pas faux. Mais problématique lorsque cela prend toute la place.

On peut dire que d’une certaine manière j’étais prédestinée à tâter du côté obscur du signe (ha!). Petite, on m’a fait tirer les cartes le matin, on m’a fait comprendre que femme = sagesse + talent d’analyse et de prévision. J’adore raconter des histoires, j’ai beaucoup d’imagination, disons donc que mon esprit est assez doué pour trouver des connexions absolument partout et de faire feu de tout bois en matière de symboles. Je ne voyais pas le signe comme quelque chose de magique en soi, mais plutôt une manière de l’univers d’attirer notre attention. Il y avait des signes parce que la vie avait un sens, c’était donc naturel, comme dans une bonne histoire, on remarque des indices qui prendront leur sens plus tard, et comme le futur est déjà en formation, c’est naturel qu’on puisse discerner des formes dans la fumée.

Ensuite, je suis devenue païenne et sorcière – en contact milieu qui a tendance à glorifier cette capacité à voir des signes, qui deviennent une sorte de ‘preuve’ : que l’on est pas fou, qu’on est en contact avec des dieux et des esprits, que l’on est une bonne sorcière…donc inconsciemment ça a pris beaucoup plus de place. Mais le truc c’est que les signes ont tendance à se pointer au cours de l’action, pas lors de la contemplation. Or, j’attendais une réponse à l’extérieur, quelque chose qui me dirait ‘c’est bon, tu peux y aller’ et rien n’allait venir, ou alors des choses très tenues. Passivité allant de concert avec un manque terrible de confiance en moi-même et en ma capacité à prendre des décisions. Trouver des signes me permettait de me rassurer sur le fait que je n’allais pas m’engager sur la mauvaise voie, que je n’allais pas nuire, et qu’au final j’aurais droit à mes cookies de l’univers comme une bonne fifille. Ah oui, ça marche super bien ça. Au final, ça fait un splendide accélérateur d’inertie.

Depuis deux-trois ans, mon système de valeurs et mes repères symboliques ont commencé à se casser complètement la figure – il faut dire que je les ai bien aidé. J’ai cessé de croire en un sens transcendant de la vie, en un pouvoir suprême bienveillant. Mes interprétations ne venaient pas directement d’un trou cosmique céleste – mais étaient le produit d’un conditionnement social et d’une éducation bien particulière. J’ai appris que j’étais beaucoup victime de ce que l’on appelle le biais de confirmation (tendance à privilégier les informations qui confirment nos croyances) et de l’illusion biographique (tendance à considérer après le fait que les choses étaient destinées à se produire comme telles par un processus de mémoire sélective.) Au final je me cachais beaucoup derrière ce côté ‘transcendant’ des signes pour ne pas avoir à être responsable de mes interprétations et intuitions, pour devenir intouchable d’une certaine manière, ‘neutre’, libérée des querelles et des rancœurs. Ce n’est donc pas un positionnement absurde, je sais pourquoi je l’ai fait. On a tous besoin de nos processus d’élimination du doute pour ne pas devenir dingues. Mais désormais il m’en fallait un qui ne reposait plus sur des bases auxquelles j’avais foutu le feu. En d’autres termes, mort de l’auteur unique. Le sens, c’est bien nous qui le construisons.

Quand on s’est beaucoup construit sur sa capacité à être de bon conseil, à être clairvoyant, à être connecté, devenir subitement aveugle est très humiliant. Et désespérant. Mais quelque part, c’est libérateur aussi. On se construit en donnant son propre sens à ce que l’on voit, et ça, on ne le doit à personne d’autre à qu’à soi même. Mes choix ont au final été motivés, au-delà du sens, par des arguments profonds ayant leur propre logique même si je n’étais pas forcément capable de les exprimer consciemment. Au final, le signe est un outil qui permet de faire émerger des choses enfouies.

Comme l’intuition : cela a certes un côté mystérieux mais d’une certaine manière c’est simplement le cerveau qui continue à travailler sur un problème alors que le conscient fait autre chose. La confiance qu’on peut lui accorder est donc en grande partie fonction de la santé de l’écosystème de l’inconscient  : si on est en permanence hanté par ses peurs et ses anxiétés, ses colères et ses rancunes, tout ce qu’on réprime, l’intuition peut nous jouer de sacrés tours. Mais c’est aussi une manière de se connecter d’une manière plus directe par rapport à ce que le conscient a appris à faire, moins biaisée, à ses émotions et à ses perceptions, d’où le lien avec les ‘tripes’ (et on dit bien que le ventre est un second cerveau).

Ma leçon essentielle du moment, c’est qu’il ne suffit pas qu’une décision fasse sens au niveau spirituel, soit appuyée par des signes, etc…il faut avant tout qu’elle soit ancrée dans le monde matériel, qu’elle soit le produit de ma volonté, de mes besoins, et de mes désirs, en tant que personne. Comme je disais dans mon post précédent, c’est assez ironique à quel point j’avais tellement envie d’être une grande prêtresse, d’être ouverte aux signes et on m’a dit…lol non. T’apprendras à vivre avec le fait que la vie est ‘une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien’. C’est pas forcément la fin du chemin ou la vérité ultime, mais c’est un stade nécessaire, et un gros morceau, d’intégrer ce paradigme assez bas de plancher pour quelqu’un d’aussi spiritueeeeeeel que moi (gros lol). Donc If nothing we do mattersthen all that matters is what we do. 

(Ouais ouais ouais moi je cite Bourdieu Shakespeare et Angel dans le même article, ça envoie du lourd.)

Je vois toujours des signes, de la synchronicité, et j’apprends à apprécier cela comme la simple poésie de la vie, une ouverture aux possibilités, une manière de se poser les bonnes question – pas une morale lourde. Et à respecter mon intuition sans la placer sur un piédestal – une question d’écologie de soi, d’apprendre à s’écouter. Au final, l’important, c’est d’affiner sa boussole intérieure. Ce qui est important si on veut naviguer l’Autre Monde un jour, mais la vie en général, aussi. On ne s’oriente pas en fonction d’une histoire pré-existante, on écrit la notre.

sylphe

 

Les autres participants du projet Sylphe :

Musheart : Des signes et de l’intuition

L’Ile aux Feuilles : Des escargots et des signes

Herbwitchery : le Chant du signe

La Messe des Pâquerettes : Suivre la Petite Voix

Waldatura : Allo ? Aaallo ?

Lune du Sidh : le Corbeau qui boîtait devant une église

L’Ile Sacrée : Lorsque l’Univers t’envoie un sms

La Voie du Crapaud : Eh, regarde le panneau!

Le Cairn : le Jeu du Pendu : les Signes

Lupa Croque-Chat : Ces signes sur le chemin